Le comptable compte, le manouvrier manoeuvre, le dramaturge dramatise, l'ingénieur s'ingénie, le romancier romance et l'imbécile, lui,...

L'imbécile compile
.

En marge :

Mais que fait la police ?

(Où l'on convoque la police)

XVI. De la littérature militante

Bibliosurf scribebat :

“Bernard Strainchamps : Qu’est-ce qui t’a motivé à écrire Bien connu des services de police ?

Dominique Manotti : A l’origine du roman, deux motivations très différentes. D’abord, un constat, une analyse, à un niveau politique, général. J’ai enseigné pendant de longues années dans le 9-3. Les étudiants avec lesquels j’ai travaillé font partie de ma vie, de mon expérience, de ma culture. Pendant ces années là, j’ai assisté à de nombreux heurts entre policiers et jeunes, plus ou moins graves. J’ai vu la situation empirer, tranquillement, régulièrement. Dériver vers une situation de "guerre civile de basse intensité". Aujourd’hui, on est obligé de mette des CRS dans les autobus de certaines lignes, pour leur permettre de rouler sans être agressés, comme dans un pays occupé. Et les policiers procèdent en moyenne à trois tirs de flashballs par jour contre la population du 9-3 (source : Le Monde). Dans une indifférence assez générale. Moi, j’ai eu envie d’aller y voir.

Autre élément : j’ai participé à des comités de soutien, j’ai assisté à des procès, et je n’en suis pas sortie intacte. Personne n’en sort intact. Pas plus les policiers que les autres, d’ailleurs. J’ai quelques souvenirs de policiers faux témoins dont tout le monde, les collègues, les juges, les avocats, savaient qu’ils étaient de faux témoins, ce qui ne les empêchaient pas d’obtenir la condamnation des jeunes en face d’eux, et je me demandais : comment parviennent-ils à vivre ces situations ? Au prix de quelles souffrances, de quels dégâts ? Il faut savoir qu’en 2009, il y a eu environ une cinquantaine d suicides dans la police, ce qui en fait la profession la plus touchée par le suicide, et de très loin. Bien plus que France Télécoms, même si on en parle beaucoup moins. Et la meilleure façon de chercher à savoir, c’est d’essayer d’en faire un roman.

Strainchamps : Pourquoi Panteuil ? Pourquoi ne mélanges-tu pas personnages réels et fictionnels comme Ellroy par exemple ?

Manotti : Dans presque tous mes autres romans je mélange personnages réels et fictionnels. Mais dans celui-ci, mes personnages sont à raz de terre, des tout petits, des franchement sans grade. L’introduction de personnages connus n’aurait fait que les écraser, les marginaliser dans leur propre histoire. Pour les faire vivre, j’avais besoin d’un lieu imaginaire, où je puisse me déplacer en toute liberté. Ce fut Panteuil. Je constate que j’avais fait la même chose pour la partie ouvrière de Lorraine Connection, qui se déroulait à Pondange, alors que les "huiles", les grands personnages, vivaient et agissaient à Paris, Varsovie, Luxembourg...

Strainchamps : Derrière cette guerre des polices, il y a un choix de société. Cela n’a pas dû être simple de construire l’intrigue et de l’épurer au maximum pour rendre l’histoire la plus limpide possible ?

Manotti : Oui, la construction de ce roman a été particulièrement difficile. Pour des raisons personnelles, parce que j’ai été obligée d’arrêter l’écriture pendant un an, mais pas seulement. Ce fut très difficile parce qu’il y a au point de départ du roman beaucoup de situations, d’éléments de dialogues, qui sont très concrets, vécus, pas du tout romanesques. Avec ces tout petits personnages, ces situations quotidiennes, il fallait ne pas faire du documentaire, mais faire un roman, construire du romanesque. Ca a été mon inquiétude, pendant toute le durée du travail, je me suis demandée si je parviendrai à intéresser le lecteur à la vie de mes personnages, si je parviendrai à l’entraîner dans une aventure. C’est à lui de dire si j’y suis parvenue.

Strainchamps : Ce que j’apprécie particulièrement dans tes romans, c’est la clarté de ton style. Quand je relis certaines phrases, j’ai l’impression que chaque mot a sa place bien déterminée. Pourrais-tu nous écrire comment tu procèdes ?

Manotti : Je travaille beaucoup le style. Je corrige et reprends énormément mon écriture. D’abord le rythme. Je voudrais arriver à ce que le rythme de la langue soit totalement adapté au contenu de la phrase. Je raccourcis ou je rallonge, j’ampute ou non, pour suivre l’action, la pensée, l’échange. J’écris au présent, aussi pour des raisons de rythme.

Ensuite, je cherche à utiliser des mots simples, mais "lourds", "pleins", Simenon disait des "mots matière", qui n’ont pas besoin d’adjectifs ou de comparaisons pour exister. Parfois, j’en cherche certains pendant longtemps, et ils m’arrivent comme par hasard.

Enfin, je m’impose une règle : toutes les scènes sans exception doivent faire avancer l’action. Même les scènes dites intimistes ou sentimentales.

Toute scène qui ne contient aucun élément nouveau du point de vue de la construction de l’histoire est supprimée. Le temps du roman n’est pas le temps de la réalité.

Le travail de reprise et correction est pour l’essentiel un travail de coupes, et de réarticulation.”

(Bibliosurf, Interview de Dominique Manotti, 9 janvier 2010, bibliosurf.com/...)
Céans, le lundi V avril MMX

Une immersion. En lisant cette interview, nous plongeons en totale immersion dans une fraction bien particulière de la fonction publique : le microcosme enseignant, un univers à la fois proche et à la fois antagoniste avec le microcosme policier dont il est censé être question dans le livre de l'interviewée intitulé « Bien connu des services de police ».

Ainsi, le discours se place systématiquement dans l'empathie, Manotti vit avec la population concernée comme elle vit avec ses personnages (« font partie de ma vie », « je n’en suis pas sortie intacte », « au prix de quelles souffrances », etc). Ainsi, le discours n'aborde jamais la notion de responsabilité individuelle, lui préférant la notion de responsabilité sociale, Manotti ne s'intéressant pas aux circonstances des évènements qu'elle évoque pour leur donner un sens (« on est obligé de mette des CRS dans les autobus de certaines lignes, pour leur permettre de rouler sans être agressés », « les policiers procèdent en moyenne à trois tirs de flashballs par jour contre la population du 9-3 »).

Le militantisme revendiqué de l'auteur induit, en outre, de nombreux non-dits. Dominique Manotti évoque sa participation à des « comités de soutien » sans plus de précision. Par accord tacite avec son lectorat, nous devinons qu'il doit s'agit de comités pour tel ou tel clandestin ou autre individu mis en cause dans une procédure pénale. En clair, si Manotti appartient à un microcosme défini, elle s'adresse à un public tout aussi spécifique. Cela explique en partie son refus d'analyser les faits évoqués (« les policiers procèdent en moyenne à trois tirs de flashballs par jour contre la population du 9-3 »), comme si de leur simple évocation il est possible de tirer des conclusions ; ce n'est possible qu'au travers d'un prisme idéologique étriqué, dans un sens ou l'autre.

De ce fait, lorsque l'auteur dit « avoir eu envie d'aller y voir [dans le 9-3]», « de chercher à savoir [l'origine de la fréquence de suicide parmi les policiers] », il ne s'agit que de se donner l'apparat d'une démarche inquisitoire alors qu'il n'est pas douteux que l'auteur connaissait déjà le fin mot de son histoire avant d'en écrire la première ligne.

Manotti nous indique que ses personnages sont « raz de terre, des tout petits ». En gros, il s'agit d'un « brigadier major Pasquini aux relations dans les milieux mi-truands, mi-fachos », d'un « Paturel, chef d’une brigade de la BAC [qui] rançonne un groupe de prostituées réfugiées dans un parking », d'un « Ivan [tracassé par un jugement qui] sera bientôt prononcé [où] bien que ce ne soit pas l’exacte vérité, Ivan y apparaît comme victime », « d'une blonde Isabelle Lefèvre, Adjoint De Sécurité [qui] doit calmer les ardeurs sexuelles de certains collègues », « [d'un vieux brigadier chef du bureau des plaintes qui], entre cynisme et fausse compassion, gère les situations en fonction de critères discutables » (action-suspense.over-blog.com/...).

Menotti a beau évoquer Simenon, il est difficile d'entrevoir le moindre rapport entre les propos, l'approche et les personnages de la première avec le raccommodeur de destinées du second.

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